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Mamucha A toutes les mères qui aiment leurs enfants. A tous ceux, grands ou petits, qui aiment leur mère. Mettre au monde un enfant, donner la vie, est la plus grande et la plus noble mission dévolue aux femmes par la nature. Depuis que l’humanité existe, les femmes ont assuré la continuité de l’espèce, avec amour et dévouement. Nombreuses sont celles qui ont payé de leur vie une naissance, nombreuses sont celles qui ont tout donné de leurs forces et de leur amour pour que cette chose merveilleuse et infiniment fragile puisse à son tour devenir un homme. Nous devons à nos mères bien plus que le lait dont elles nous ont nourri. Ce sont leurs bras qui ont calmé nos angoisses, ce sont leurs baisers qui nous ont consolé. Elles ont été et elles seront toujours nos confidentes, celles à qui on peut tout raconter, décharger sur leurs épaules et sur leur cœur nos chagrins et nos soucis, celles qui redonnent l’espérance quand nous nous sentons abandonnés. Grandes ou petites, fortes ou menues, elles sont notre rempart contre les noirceurs de la vie et le temps qui passe. En nos mères sont la plupart des racines qui nous permettent de rester debout. Le jour où nous perdons notre mère, quel que soit notre âge, nous nous retrouvons orphelins et en première ligne du combat pour la vie de chaque jour. Et nous pleurons, inconsolables, celle qui ne voulait que nous voir sourire. Le 2 novembre dernier, Gerardo Hernández Nordelo a perdu celle qu’il appelait tendrement « mamucha ». Carmen Nordelo a lutté aussi longtemps qu’elle a pu. Pour son « nene », son petit, si loin d’elle et si terriblement seul dans la prison de haute sécurité de Victorville, en Californie. Pour pouvoir de temps à autre lui dire qu’elle attend le jour de son retour, le jour où enfin son innocence sera reconnue et où elle lui ouvrira les bras, comme quand il était petit, pour le serrer très fort contre son cœur. Carmen était fière de son fils, et tous ceux qui connaissent et qui aiment Gerardo savent à quel point cet orgueil était légitime. Elle s’est battue avec courage contre une terrible maladie qui a rongé ses forces et a fini par l’emporter. La seule chose qui n’a pu s’effacer de sa mémoire, c’est l’amour de son fils. Peu de temps avant qu’elle nous quitte, Gerardo a téléphoné. Il a voulu qu’on mette l’écouteur contre l’oreille de sa mère, même si elle ne pouvait plus lui répondre. Aucun son n’est sorti de la gorge de Carmen ; mais une larme a roulé sur sa joue. Gerardo n’a pas pu voir cette larme. Il n’a pas non plus pu tenir la main de sa mamucha au moment de son dernier soupir. Il n’a pas pu non plus assister à ses funérailles. Il n’a pas pu non plus poser sur sa tombe une rose ni un je t’aime. Parce que depuis onze ans Gerardo est enfermé dans une prison des Etats-Unis pour avoir commis le crime de protéger sa patrie. Toutes les mères cubaines savent ce qu’elles doivent à Gerardo, à Tony, à Fernando, à Ramon et à René, ces cinq patriotes qui paient de leur liberté leur choix de protéger ceux qu’ils aiment contre les ennemis de Cuba. Comment un pays qui prétend s’ériger en justicier peut-il permettre pareille cruauté ? Comment un président qui a reçu le prix Nobel de la Paix peut-il tolérer pareille injustice ? Carmen est partie sans avoir vu son garçon franchir à nouveau le seuil de la maison. Mais elle continue à l’accompagner où qu’il soit, comme elle nous accompagne à nous tous qui sommes les frères d’armes et de cœur de Gerardo et qui pleurons avec lui et pour lui. Annie Arroyo 8 novembre 2009 |